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Musiiique - The Divine Comedy

Vendredi 22 octobre 2010 5 22 /10 /Oct /2010 15:57

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Nous y voilà. J'ai dû débloquer une matinée pour écrire cet article. Profité d'aller chercher le pain et un autre petit pain, celui-ci au chocolat (pratique cette expression, on sait déjà qu'il y a des chances que j'habite au-dessus de l'Aquitaine), pour ouvrir au bon air normand une petite porte d'accès à mon cerveau trop souvent habitué aux intérieurs. Les conditions intellectuelles sont... à peu près suffisantes. Neil m'a fait attendre, je le fais attendre aussi. On a toute la vie, old chap, t'es encore jeune, tu vas nous pondre des disques jusqu'à ce que tu sois old & grey.


A 40 ans, le bougre a fait les choses bien. Il abandonne une fois de plus ses prétentions pour imposer le parodique. En posant nu dans sa baignoire, avec sa chienne et son petit canard en plastique, il revêt son costume de boute-en-train (ce qui n'a pas manqué lors des concerts de la tournée). Mais plus que ça, il adopte de nouveau un rôle et ça, ça fait plaisir. Dites, ça fait combien de temps ? Dans BGTK, l'anti-héros, certes loin d'être le sujet de l'album, est ce banquier en chapeau-melon, ce notable pris la main dans le sac. Le titre se traduit plus ou moins, avec le jeu de mot qu'on attend, par "adieu la chevalerie" soit adieu les honneurs et la riche vie. Quand il faut, Neil se chausse de grosses lunettes donnant un cachet burlesque à son personnage (je ne sais pas si c'est volontaire, il a déjà intentionnellement porté des chemises hideuses).


Bref bref bref. Ce nouveau disque n'est pas une immense farce, car il mélange diverses ambiances, mais le ton est, on va rapidement s'en rendre compte, plus positif que dans les précédents albums. Regeneration d'un zen imperturbable, Absent Friends mélancolique, Victory For The Comic Muse aux humeurs changeantes, Bang Goes The Knighthood où les couleurs sont vives, l'heure à la plaisanterie et à l'amitié, primesautier, ouvert, presque revanchard face à ses aînés. Et croyez-moi ça fait du bien. Paradoxalement, le contexte est quelque peu différent. Probablement pour des raisons de budget, la tournée de Neil est entièrement solo (guests exceptés), le laissant se débattre avec son piano, sa guitare et ses paroles qu'il oublie une fois sur dix. On connaît le gusse, monstre de scène : ses interprétations restent fameuses malgré tout, sa tchatche plus employée que jamais, et au final tout le monde est ravi. Il n'empêche qu'on est loin de l'enchantement ressenti lors d'autres concerts plus... instrumentalisés. Le solitaire des hautes-plaines colle néanmoins avec l'ambiance de son album, plus music-hall, plus comédie musicale même. On ne saurait trop se réjouir de tenir pour TDC un concept intéressant de plus, sans oublier qu'en studio les copains sont de la partie (heureusement !). Preuve ultime de la générosité de l'auteur, le disque comporte DOUZE pistes, un nombre incroyable qu'on n'avait pas vu depuis Promenade. Le patron a mis du temps à organiser sa petite fiesta, faisons-lui l'honneur d'en faire le tour.

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Allez on commence.

... Voyons... Aïe. Aïe Aïe. La première chanson se nomme Down In The Street Below. Et désolé de casser aussi rapidement le suspense, mais c'est à mon goût la meilleure de l'album, et je le dis tout de go. Franchement, c'est le genre de décision qui peut prendre des semaines, mais non là je vois pas. C'est vraiment la best of the best. Purée, c'est du niveau du meilleur TDC, sauf que ce n'est pas du vieux TDC. Fresque un peu progressive d'une rue au moment de Noël, le chanteur est spectateur de ses contemporains et de sa propre vie. On retiendra plusieurs passages de ce DITSB. Le pont façon comédie musicale où un Neil sérieux et à l'oeil acéré excelle, sur un fond instrumental joyeux Noël oblige. L'outro qui reprend le sujet de la chanson de manière symphonique et épique. La toute fin qui revient sur le bruit de la rue. Et le début, oui le début parce qu'ici il faut finir par le début, cette nappe qu'on voudrait sans fin qui introduit un Neil magnifique, sortant un de ses plus beaux couplets. Enfin, le refrain, un de ses plus beaux refrains. Et ce refrain je l'aime parce qu'il m'affirme que même aujourd'hui Neil arrive encore à m'émouvoir avec sa voix qu'on sentait plus grave, plus apte à être introspective, plus occupée à narrer, à conter, plutôt qu'à toucher l'âme. Non, me dit ce refrain, il y arrive toujours. J'ai fredonné cette chanson des dizaines et des dizaines de fois. Achevez-moi par pitié. Ok, à partir de maintenant, concentrons-nous les enfants. Exercice : on va devoir profiter du reste du disque en sachant que selon moi, à aucun moment il ne sera aussi splendide.

Belle transition vers The Complete Banker, dont on a beaucoup parlé, message mordant à l'attention des boursicoteurs et autres grands joueurs de l'économie mondiale. Avec l'écriture de TDC, jamais avare en bons mots cocasses et championne de l'ironie, le pari était gagné d'avance. Cette chanson possède de ce fait un capital sympathie conséquent à la base. Après écoute, elle est typiquement du TDC "récent", moins emphatique, plus posé, d'une construction pop assez simple. La drôlerie des paroles est évidente. Ce qui m'a un peu empêché d'y rentrer, c'est d'abord une ressemblance de couplet avec "The Plough" (alors qu'on peut difficilement les comparer, l'une dramatique, l'autre comique) genre on utilise les mêmes recettes, ensuite le fait qu'elle vienne après un premier morceau tellement unique, genre pfff il retombe dans ses travers. Je serais mauvais d'en rester là. Dynamique, chantée avec volonté, son impact se conservera avec le temps, en tout cas plus que certaines de Victory par exemple. Thomas Walsh est là pour les choeurs, hommes de bon goût. Je serais vraiment aigri de ne pas l'aimer.

Surprise ! Déjà le trou normand ? Non Monsieur cela fait bel et bien partie du menu. Vous féliciterez le chef, il sait me caresser dans le sens du poil. Sinon comment expliquer cette Neapolitan Girl, old-school, dont les accents 60's et la transalpinité renvoient, même vaguement, à Casanova ? Sujet moins sexy néanmoins, histoire peu heureuse d'une prostituée en temps de guerre. On alterne à l'envie une ambiance légère, une moins légère et une dernière beaucoup plus grave. Cette chanson originale (en tout cas en ces temps-ci) souffre je crois d'un désamour, et ne saurait persister dans les setlists, mais je l'applaudis. Elle m'a tout de suite conquis.

Nous arrivons assez tôt au plat principal, à la fois court mais intense, maigre mais fort en bouche. Bang Goes The Knighthood est la spécialité du chef, peu copieuse, mais essentielle. Neil est à nouveau le conteur ; sur un fond elfmanien voici l'horrible évènement qui jeta le lord dans les limbes et le couvrit de honte. BGTK fait partie de ces morceaux où la compréhension des paroles aide énormément à apprécier l'ensemble. Ils ne sont pas négligeables sur ce disque, une fois de plus touché par la plume gracieuse de notre songwriter favori. Jetez-vous sur les textes, même si vous n'adhérez pas à la musique, vous pourriez au moins reconnaître que Mr. Hannon est de ceux qui travaillent le fond de leur oeuvre, loin des "just", "love" par séries de vingt et des phrases dégraissées potentiellement métaphoriques qui, quelquefois, ne veulent absolument rien dire. TDC c'est aussi la langue anglaise dans ce qu'elle a de belle, le littéraire à portée de la pop. Pour revenir à nos moutons, on dégustera le pont, ouragan au milieu du calme. Joli effet de style, pour un titre un chouïa expérimental qui le classe à part, dans une catégorie rien qu'à lui.

Le premier single ! At The Indie Disco, ho, At The Indie Disco, yeah yeah yeah, At The Indie Discooo tigulugulu (bruits de violon)... Hem excusez-moi. Mais c'est tellement entraînaaaaant. Dôté d'une base incroyablement simple, ce simple ne s'embarasse pas de fioritures inutiles. Trop facile, et c'est ce qui l'empêche d'entrer dans la famille "epicness is epic". Lui il s'en fiche, quelque soit son apparat, il reste le même, nous faisant danser. Ses vêtements TDC tradi sont sortis sur cette version studio : violon continu, choeurs impeccables de Cathy Davey. Il se distingue par cet hommage à l'indie music, dans une boîte de nuit fictive, que j'aurais bien aimé connaître. Il a plus de peps que les singles de Victory, n'est pas prétentieux mais se sent très seul, il n'y en a pas d'autre comme lui sur cette galette. Dommage, ses véritables amis sont sur Victory. Lui a réussi, est sur BGTK mais aimerait jouer ailleurs. On connaît tous cette histoire du vilain petit canard. Sauf qu'ici le petit canard ne finit pas par pleurer, mais danse, danse, parce qu'il n'est pas très beau mais mon dieu qu'il est entraînant.

Je sais pourquoi j'ai eu du mal avec Have You Ever Been In Love. Parce que c'est du cabaret ; et vous ne me l'enlèverez pas de la tête, malgré toutes les influences, Neil Hannon n'a jamais été pour moi un chanteur de cabaret. Et sûrement pas aussi jazzy. Si j'ai eu du mal, c'est que je n'aime pas trop le music-hall tout simplement. C'est une question de style, voilà, ça m'entraîne moins. Dire que j'ai mis des plombes avant d'arriver à cette solution, c'est à se désespérer d'avoir fait la fac, thèse-antithèse-synthèse. Et la musique là-dedans ??? Cette chanson est en fait une des plus jolies de l'album. Paroles simples mais belles, c'est du côté de la musique qu'il faut chercher la légèreté, ces choeurs de Cathy Davey sans qui la maison ressemblerait à un cottage de luxe sans jardin, cette architecture qui n'a rien inventé mais se révèle parfaite. Je ne lui décernerais pas un prix du jury, mais d'autres le feront sûrement à ma place ; qu'ils se fassent plaisir, elle le mérite. Je les regarderai de loin d'un oeil moins concerné mais toutefois bienveillant.

La seconde meilleure ! Dieu que ce CD est simple. Que le podium me semble évident. Assume The Perpendicular c'est celle qui n'y paraît pas, ni la vedette ni la coqueluche des médias, mais quand je regarde autour de moi, tout le monde n'a que deux mots à la bouche : elle tue. Dès le départ elle attaque pour ne plus jamais lâcher. Le rythme est gospelien (je claque des deux mains très fort). Perso je la chanterais bien en randonnée... Ok les paroles sont bizarres, de l'architecture, du vertical, de l'horizontal, je n'ai encore compris que 30% du total. Préoccupations bien vaines lorsqu'arrive le refrain et ses cuivres jazz ; là encore le refrain accrédite la grande qualité de l'ensemble. L'addiction se prolonge lors du pont délicieusement picotant, se finissant sur un vacarme New-Orleans. Puis c'est reparti une-deux une-deux. La parade du perpendiculaire. L'enthousiasme collectif déborde de ce brouhaha intellectuel. On dirait l'Orchestre Fou de Pierre Perret et ses images de synthèse alors bien géométriques. Sacré concept !

Je vous l'avais dit, ce nouveau TDC est plus joyeux que les précédents : de l'amour, de l'humour, et de l'importance de l'art de la conversation. Qu'il est bavard ce The Lost Art Of Conversation ! En même temps c'est normal qu'il soit bavard, pas mal lorsque la forme rejoint le fond. Voici un autre morceau où comprendre les paroles est important sous peine de faire face à un incompréhensible charabia, comme ces tirades que certains musiciens anglophones sortent en concert en plein milieu de la Touraine, l'horreur. Bref prenez votre dico, Neil vous réconciliera avec l'anglais. Une des raisons pour lesquelles j'aime ce titre est que les phrases sont savamment cousues, les transitions sont intelligentes, les pointes rigolotes fleurissent. Bon, c'est sûr qu'il ne faut pas être allergique à la bonne humeur ambiante, entre les grelots, les choeurs (un Neil déchaîné c'est déjà cocasse, alors imaginez plusieurs) et les sifflements "always look on the bright side of life". Un peu too much pour certains. Cela ne me dérange pas, et je m'attarde avant tout sur la structure : tout s'enchaîne si habilement, jusqu'à ce passage plus "sérieux" sur la nécessité de faire gaffe en public, que je ne peux que décerner un A ou au moins un B+.

On arrive au sujet chaud ! Island Life. Déjà ça démarre mal, je trouve l'idée de la chanson et même certains gimmicks complètement pompés sur "Charmed Life". Passons. Ce qui a dû gêner beaucoup d'auditeurs est à mon avis le rose bonbon qui colle sans pitié, avec des paroles vraiment mais alors vraiment à l'avenant. Tache quand on compare au reste. Pourtant, ça démarre bien, ça finit bien. Une petite boucle paradisiaque et mystérieuse. On peut être progressivement déçu par l'entrée en chant. Abattu par le refrain. Mon avis : le refrain est sirupeux mais plutôt bon. Le duo Cathy-Neil fonctionne à merveille, les coquinous. On ne peut nier que le mâle nous a refait le coup de "The Light Of Day" et son parti-pris extrême dans le romantique outrancier. En fait, Island Life est encore plus excessif, dans de nombreux petits détails, et dans ce pont abusé. Je crois que Neil l'a fait exprès à un point... Je ne pense pas que ce soit parodique, c'est pas assez ridicule et le chant tourne bien. Sans compter qu'on assiste à une progression constante de qualité. Le dernier refrain est vraiment très beau, les choeurs de Cathy remportent la mise. C'est dur à dire, mais même là le titre recèle de ressources cachées. Plus intéressant qu'il n'y paraît, pas le morceau du siècle, mais intéressant, pas un morceau extraordinaire, mais etc. etc. etc. etc.

Avec When A Man Cries, nous retournons dans un registre auquel TDC nous a habitués, intimiste et volontaire à la fois, où la musique symphonique enveloppe une voix traduisant à merveille les sentiments humains. Il suffit de voir les "Snowball In Negative", "Leaving Today" et autres "The Wreck Of The Beautiful". Là encore, regardez et admirez les paroles, en osmose avec le son. Titre peu évident que celui-ci, ayant tenté une structure complexe, centré sur une approche tout en finesse d'un sujet un peu tabou, les pleurs d'un homme adulte. Neil s'en sort incroyablement bien, mais l'exercice était ardu, étant souvent à deux doigts d'une expression mal choisie ou d'une note mal placée. Difficile de toujours rentrer dedans, à coup sûr. Quand la sauce prend, la chanson est admirable, une des meilleures de l'album. Je dirais même : du TDC de haute tenue, pur, véridique, instantané.

Si Can You Stand Upon One Leg est le titre le moins bon de tous, c'est surtout parce qu'il prend peu de risques (sauf à la fin). Cette drôle de chanson drôle, avec l'appui du sieur Walsh, est la soeur jumelle de "The Coin Toss" de la Duckworth Lewis Method. Pas dur de trouver l'inspiration... Bon, on ne va pas lui en vouloir. On a rarement vu morceau plus absurde dans le groupe (même "A Drinking Song" est encore trop terre-à-terre), mais aussi plus théâtral. Par une surenchère clownesque, Neil provoque son public et cela marche bougrement bien en live. Morceau modulable et remodulable comme un contorsionniste de cirque. On a beaucoup jasé sur la fin, en occultant un peu qu'elle offre une excellente transition vers le dernier titre du CD. Qui n'a jamais été mal à l'aise, n'a pas eu envie de skipper sur son poste ? Je veux des noms ! N'est-ce pas aussi à l'artiste de bousculer son auditoire ? Hannon le fanfaron n'a pas fini de nous la ressortir celle-là, peut-être pour le grand plaisir coupable et masochiste qui nous habite. CYSUOL (joli dit comme ça) a parfaitement sa place dans cet opus, on ne peut pas le nier...

Et enfin, la troisième du podium ! Jamais élaboré un podium aussi aisément. I Like est la cerise sur le gâteau et nous montre à quel point Neil a été bon avec nous. En lâchant aux fans que nous sommes ce biscuit, il a rompu toute une chaîne de morceaux de fin aussi lents que déprimants. Quoi, "Charmed Life" ? Thème heureux mais chanson joviale peut-être ? Non, hospitalière plutôt. I Like, c'est quasiment un clin d'oeil à "Tonight We Fly", avec son rythme haletant qui cavale sans respirer. Déjà, un gros point pour finir sur une note aussi positive. Neil aime et le fait savoir ! Paroles chaudes en perspective, ce n'est pas Alfie le dandy sans coeur qui parle, mais le Neil amoureux. Le morceau est loin d'être parfait, et ne peut prétendre aux meilleurs hymnes du genre, cependant on est ravi de tomber, déjà sur un de ces hymnes en question, puis à la personnalité propre. Muni de petites faiblesses un peu partout, principalement des pertes de rythme, la chanson se démarque par un couplet vivace et un refrain imparable. Comme quoi on dira ce qu'on voudra, mais les trois stars du disque sont celles avec les meilleurs refrains. C'est juste un constat, c'est pas partout pareil chez TDC. En 2010, ce TDC s'achève d'une des plus belles manières qu'il soit.

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L'après-midi s'écoule, les lasagnes aux légumes dans mon estomac aussi. Deezer est bien pratique lorsqu'on n'a pas l'album sous la main, mais ces pubs sont très envahissantes. En plus elles ne me ciblent même pas : du Yannick Noah, du R'n'B... J'ai hâte de voir la nouvelle pub Charal sur le site de la SPA. Que dire de Bang Goes The Knighthood ? Je l'ai vraiment beaucoup aimé. Il m'a fait revivre des sensations TDCiennes oubliées, il m'a parfois surpris, il m'a parlé, il m'a fait sourire, il m'a enchanté. Un bon disque de TDC est un très bon disque, si vous en avez entendu parler dans les médias les avis sont unanimes.


Passons rapidement sur la question meilleur album du groupe blablabla : NON. Je suis un vieux con, mais un vieux con sentimental et qui argumente. Les chefs-d'oeuvre de Neil sont beaucoup plus égaux dans l'excellence, ils vont la rechercher à chaque fois. Ma facette sentimentale, elle, dira que ces chefs-d'oeuvre sont peut-être à terme condamnés à rester mes préférés. C'est une question d'époque, de ressenti, et surtout de style. Alors ça c'est évacué.


Je trouve BGTK meilleur que Victory, plus complet, avec moins de déchets. C'est aussi un disque avec, étonnament, une certaine homogénéité, mais plus dans le concept que dans les morceaux eux-mêmes. Collection de chansons mais, je ne sais pas... qui s'imbriquent mieux. Les transitions sont souvent impeccables. Je retiens aussi que Neil a des amis, et que, mon ami, tu ne dois pas les lâcher. Tu as su les mettre en valeur, ils parfument ton disque comme autant d'épices.

Un retour en fanfare, diront certains (alors qu'il n'est jamais parti en fait, c'est idiot ce que je dis), un vrai marqueur dans la discographie de sa Divine Comedy selon moi. Sûrement pas à la hauteur de ses plus grandes oeuvres, il a le mérite de remettre Neil sur le devant de la scène. C'est un artiste sur lequel on peut compter, mais qui est en même temps assez imprévisible, donc jouer les Madame Irma serait de mauvais augure.


La bonne chose c'est que Neil n'a pas grandement déçu, et ça, ça va rendre les fans plus passionnés et asservis que jamais. Les étrangers à la secte ne peuvent pas comprendre ! Espérons juste que le gourou ne se casse pas avec sa valise de biftons sur son île paradisiaque...

Par Vinczc - Publié dans : Musiiique - The Divine Comedy
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Jeudi 17 juin 2010 4 17 /06 /Juin /2010 10:22

duckworthlewismethodblog

                Chais pas si ça vous arrive aussi, lorsque je ne m'intéresse pas durant un certain temps à un artiste, j'ai l'impression - que je sais fausse - qu'il ne fait rien. Cela vous a fait pareil avec Neil Hannon ? On ne sait jamais, je peux être votre unique source d'informations sur ce musicien, il faut alors que je vous rassure : Neil est prolifique ! Bien que quatre ans vont séparer son dernier essai timbré The Divine Comedy alias Victory For The Comic Muse, et Bang Goes The Knighthood qu’on a eu l’insigne honneur de découvrir le 31 mai, précédé le 23 du premier cinglant single « At The Indie Disco ». Je mets un point à cette phrase en « Bien que » afin d’aérer la lecture. Je fais attention à ça, ça m’a marqué qu’on me surnomme Vincent Proust.

                Habitué des collaborations avec un nombre incroyables de gens que je ne nommerai pas, et penchant autant vers l’inconnu que vers le connu, Neil a tout de même pointé du doigt ses meilleurs potes : Duke Special et Pugwash. Un solo et un groupe, irlandais comme il se doit, et même que je vous ouvre grand la porte vers une écoute de ceux-ci. Conseil d’un homme qui lui-même ne saurait citer que quatre-cinq chansons mais que ces dernières ont enchanté. Pugwash est un trio de pop-rock à dominante alternatif et power pop, spécialiste de chansons bien carrées et bien entraînantes. Son leader prend la forme d’un gentil nounours barbu, Mr. Thomas Walsh, qui a accepté de vêtir le costume de Duckworth. Et Neil Hannon celui de Lewis. Qui diable sont ces gens ? Les inventeurs d’une méthode de calcul portant leur nom destinée à fixer un score à atteindre dans certains cas, notamment en cas de pluie, lors d’un match de cricket. Donc oui voilà, vous avez devant vous le premier concept album qui parle entièrement de cricket, et ça dites-vous bien que le tout Tours vous l’envie (l’expression « tout Paris » étant furieusement démodée en ces temps où tout va vite, et où les attitudes branchées voyagent tellement qu’elles accomplissent un tour complet et finissent par se retrouver dans la ville où l’expression « prendre son temps » est un, non, trois mots peu vains…. quoi, qui a dit vin ?).

 

                The Duckworth Lewis Method n’est donc pas le nouveau The Divine Comedy mais un projet paru en 2009, un véritable skeud avec singles, promo et récompenses qui s’ensuivent, mariant le savoir-faire et la musique de Neil Hannon et de Thomas Walsh. Et car la pédagogie est mon crédo : ce n’est pas du TDC mais ça s’en rapproche. Allez hop commentaire des titres.

 

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Rien de tel pour introduire un album concept qu’une courte séquence qui met dans le bain. Pas une « véritable » chanson, mais une petite minute fort bien amenée et qui dit à peu près tout : les notes mystérieuses du début ont quelque chose de riant et laissent bien vite la place à nos Duckworth et Lewis qui nous souhaitent la bienvenue. L’ambiance est à la fois raffinée et rigolote, et d’un paradoxe complètement maîtrisé. Sans crier gare, The Coin Toss s’achève. En même temps, si on en juge par le titre, jouer à pile ou face pour débuter le match n’est pas bien long…

 

                Suite étonnante que ce The Age Of Revolution, premier titre que j’ai découvert l’année dernière, mélange de pop-rock sautillante et funky (on pourrait limite faire vrombir la basse) et de vieux jazz. Le « vieux » vient de ce décalage bien senti entre les cuivres retro et la modernité intacte de l’ensemble. Thomas nous montre dans le couplet ce qu’il est : un chanteur merveilleux avec une voix dédiée à la noblesse de la pop. Fait pour ça, le mec. Neil l’accompagne pour un refrain qui reste dans le crâne. Bien sûr, on s’attend vu la configuration du duo à ce qu’ils s’amusent à faire les crooners, et le pont est parfait pour s’entraîner.

 

                Dès les premières notes de Gentlemen & Players, on a compris une chose : il n’y a pas un style dans cet album mais des styles. Un tour d’horizon d’essais pop, ce n’est pas la Samaritaine ni une volonté de draguer les fonds du genre ; cependant les deux gusses ont décidé de se faire plaisir et de jouer aux touche-à-tout. Et comme ce sont des pro, ils n’ont pas omis la cohérence. Revenons au morceau, abusé tellement il emprunte la grâce des grandes chansons pop. Cet air de ne pas y toucher mais sans oublier de remporter la mise à la fin. Intensément mélodique, il insiste sur les mêmes airs jusqu’à plus soif, et l’auditeur oublie le temps qui passe, les trois minutes semblent ne pas s’écouler. Le clavecin et les cuivres cachettent cette chanson baroque pop follement réussie.

 

                Encore autre chose. The Sweet Spot n’est pas aussi accomplie que ses consœurs, mais peut-être est-ce parce que nos chanteurs s’en sortent mieux dans leur domaine respectif que dans ce rock bien « oh yeah » comme le laisse échapper Thomas. Sinon, c’est vraiment sympa. Les guitares fusent, les paroles parlent toujours du cricket mais restent claires. Pas vraiment le point faible du disque, mais il mériterait d’être joué vraiment rock’n’roll et un peu loufdingue pour qu’on en saisisse tout le potentiel entraînant.

 

                Tenez, je vous mentionnais les paroles qui s’en tenaient à l’essentiel alors qu’on pouvait avoir peur qu’elles partent dans des considérations techniques incompréhensibles pour un étranger à ce sport. Effectivement, les références sont nombreuses mais on a largement le temps de pouvoir les digérer, les apprécier après coup. Même dans ce Jiggery Pokery, pourtant le plus intéressant pour un cricketophile. Neil réemprunte sa voix de dandy et repart dans un petit délire au piano qui nécessite d’être anglophone pour l’apprécier. Une fois dedans on se régale de cette interprétation d’un célèbre coup du grand joueur Shane Warne, Neil se mettant à la place du perdant et rageant. Refrain léger et aux mots calibrés, toute l’intelligence d’un morceau TDC-ien est présente.

 

                Toujours pas de mauvaise chanson ? Surtout pas une merveille comme Mason On The Boundary, peut-être la meilleure de l’album. Déjà, elle nous introduit à une nouveauté : un morceau taillé pour Neil… mais chanté par Thomas. Et là on se dit : mais qu’est-ce qu’il chante bien ce garçon ! Sa voix est émouvante, arracherait des larmes à Philippe Lucas. Une mélodie étrangement délicate, où parfois on a envie de voler, parfois on a envie de se poser dans un banc. Le pont est un splendide monologue parlé de Matt Berry, que les fans de la série The IT Crowd connaissent (à noter aussi sa performance dans le clip « Run-Away » des Super Furry Animals – j’en profite pour faire passer un message subliminal : écoutez les SFA - écoutez les SFA - écoutez les SFA - écoutez les SFA - écoutez les SFA - écoutez les SFA). Neil reprend la main, c’est presque dommage mais il se défend bien et ça fait du bien au morceau, et les deux repartent en chœur. Très belle fin.

 

                A l’instar des pauses dans les compétitions sportives, un petit intermède au joli nom s’incruste : Rain Stops Play. Un instrumental malin comme tout qui représente sans défaut la pluie tombante. Le burlesque est aussitôt masqué par le sourire s’affichant devant une atmosphère autant positive, qui laisse entrevoir une suite d’album en conséquence.

 

                Nouvelle inversion des rôles… ou plutôt, l’esprit simple aurait donné Meeting Mr. Miandad à Thomas mais c’est Neil qui s’y colle, et les dernières compos de TDC ont prouvé que le titre reste assez divinecomedien. Pour tout dire, il est évident que sur quelques points, la méthode Duckworth Lewis est un préalable à Bang Goes The Knighthood. Neil a un peu fouillé dans son livre de recettes de Victory For The Comic Muse, l’a réutilisé ici, et a renouvelé l’expérience pour son dernier essai, avec tout de même des variations mais-ça-ce-sera-l’objet-d’un-prochain-article. Retenons juste que je pense que même si on a affaire à trois disques différents, il existe des liens forts entre tous. On pourrait presque établir un schéma, avec Powerpoint ou Impress. Déjà, ici il y a un banjo plutôt joyeux, comme sur « Mother Dear ». Les refrains sont assez ressemblants mais cette ode à un grand joueur de cricket pakistanais se révèle plus maîtrisée, et plus directe. Les paroles, ridiculement faciles, en sont jouissives, une des caractéristiques du duo qui arrive à nous embarquer dans leur candeur. Les deux chanteurs lorsqu’ils sont ensemble se marient tellement bien quand on a envie de leur enfiler à l’un une robe à l’autre un costume. Ce Monsieur Miandad-là a la spontanéité des singles-nés.

 

                Le groove de The Nightwatchman est ce qui nous rappelle que The Divine Comedy sait mixer la pop baroque avec d’autres éléments, de ce fait l’instrumental à la fin n’apparaît plus vraiment comme une surprise mais pour un « hé, bien vu » aux oreilles du fan. Le reste n’est que cordes, piano, basse et tout ce qui fait… Divine Comedy. La chanson, romantique en diable, au refrain somptueux, est ce qui manquait à Victory pour le renforcer de quelques piliers. Au lieu de ça, il vous suffira d’acheter ce disque pour profiter d’un des travaux les plus éminemment TDCesques de ces dernières années. Je vous jure, on se croirait presque revenu dans la période A Short Album About Love. Il ne reste plus qu’à Neil de le rajouter à son répertoire live, s’il le souhaite.

 

                Flatten The Hay est le genre de gâterie que j’affectionne. Clavecin, sonorités romantiques et un peu mélancoliques, pleine de petits soubresauts fort bien composés, le tout porté par un Thomas plus convaincant que jamais qui nous emporte dans une atmosphère britannique, et un peu équivalente au début de Liberation, « Festive Road » et « Death Of A Supernaturalist ».

 

                L’album s’achève peu à peu, se finissant par un autre titre rock, pas spécialement les plus réussis il faut bien le dire mais… on s’en accommode avec aise. A vrai dire, la transition avec les chansons baroque pop plus traditionnelles est un peu violente, ce qui rabaisse ce Test Match Special, donne à ses synthés pourtant vraiment pas dégueus un côté kitsch, aux excentricités de nos comparses une vague maladresse. Néanmoins, la compo reste entraînante comme pas deux, et on se surprend à la chantonner, mais beaucoup plus fort car Duckworth et Lewis sont encore trop timides. Zappable mais agréable ! Paradoxal, non ?

 

                Fin. Les paroles hypnotiques de The End Of The Over nous téléportent tout droit à la troisième mi-temps et au réconfort de… d’un bon verre, c’est à quoi ça me fait penser. Et tout le monde finissant sur la douce mélodie ayant introduit cette méthode (logique).

 

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Du haut de ses quarante minutes, le CD peut sembler un chouïa court, surtout que le nombre de « vraies » chansons n’est que de neuf, les trois autres étant plus des liants (j’inclus la dernière qui, malgré sa propre mélodie, sert avant tout de conclusion à mes yeux). Nous sommes d’autant plus déçus que oui, oui, et re-oui, ce disque est vraiment franchement vachement good. Au début, on fait « un disque sur le cricket, c’est quoi ce cirque », « Neil risque de se planter », enfin perso je ne l’ai pas dit mais j’accorde le bénéfice du doute, surtout que l’année dernière, on attendait tous la bave aux lèvres le prochain Divine Comedy et à la place on a… ça.

Quoi, ça ? Hé bien, un grand disque de pop raffinée, humoristique. Neil s’en est allé chercher un ami qui partage son goût pour les projets truculents mais léchés. De cœur, on préfère toujours le Neil solitaire lorsqu’il prépare sa marmite TDC – de son aveu-même un exercice dont il ne peut se passer – au Neil des collaborations qui va produire, composer, et accompagner à tour de bras des artistes qui sont tous fans de lui. Un numéro d’équilibriste : pour une chanson réussie, combien d’expérimentations francophiles plus amusantes que convaincantes ? Pas question dans cet article de calculer un ratio, je souligne que l’amateur avide de nouveautés fait parfois la grimace quand Neil ne va pas dans la direction qu’il souhaiterait. Dans notre exemple, après coup, tous les ingrédients de la réussite étaient présents : un musicien irlandais avec une vraie voix qui ne donne pas l’impression durant l’écoute de ce disque d’être le side-kick de notre héros. De plus, Pugwash, le groupe de Thomas, a été plébiscité par Andy Partridge de XTC et ça, croyez-moi, c’est dans le monde la pop l’équivalent d’un passeport vers l’Afghanistan ou d’une carte d’accès Niveau 4 dans un EPR.

A l’heure où je vous écris, j’ai dû me détacher de Bang Goes The Knighthood pour effectuer un bond d’un an dans le passé, et honnêtement ce ne fut pas si difficile. The Duckworth Lewis Method m’a enseigné une chose : Neil Hannon n’est plus indissociable de The Divine Comedy, pas quand un de ses projets annexes est de ces disques qu’on écoutera encore dans vingt ans.


Par Vinczc - Publié dans : Musiiique - The Divine Comedy
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Mercredi 7 novembre 2007 3 07 /11 /Nov /2007 23:57
Je reprécise que 10/10 n'est pas la note donnée à l'album mais le numéro de l'article. C'est le dixième sur une série de dix. Mais... mais... c'est le dernier ?!? Ne pleure pas, tu vas inonder ton salon. Oui la série qui a duré plus d'un an va s'arrêter ici, sauf dans deux cas : si je décide d'écrire sur un éventuel nouvel album, ou si j'élabore une liste de liens traitant du groupe, ou n'importe quelle carabistouille sur The Divine Comedy.





Nous remontons dans le temps aujourd'hui jusqu'en... 2006. Il y a un an, c'est presque le présent ! Autant dire que si nous avons une idée de la musique de TDC actuellement, elle se rapproche le plus possible de ces derniers travaux. Ce qui n'est pas sans interroger car une fois de plus, Neil Hannon ne fait jamais le même album deux fois de suite. Alors là, vous vous attendez au traditionnel topo : "disque unique", "encore différent" et je vais vous prendre à contre-pied ! Tout d'abord, contrairement à Regeneration et Absent Friends qui avaient marqué cette nouvelle ère des années 2000 par leur singularité, Victory For The Comic Muse donne enfin l'impression de répéter certaines formules, et surtout n'a pas vraiment de personnalité propre (si ce n'est dans sa diversité et dans son son très neuf). Ensuite, son titre est un hommage explicite au premier album, Fanfare For The Comic Muse, sorti en 1990 (le deuxième article - soit le 2/10 - y est consacré), comme si le Neil, "vieillissant" et sachant pertinnement qu'il avait déjà pas mal baroudé, voulait montrer son bilan et faire le point. Le "Victory" n'est
d'ailleurs pas trompeur, car il s'agit d'un disque relativement enjoué, certes bien moins jeune que ses essais d'il y a quinze ans, mais beaucoup moins intimiste que ses deux prédécesseurs qui étaient tout sauf des albums de disco.

Victory surprend donc sur ce point qu'il ne prend pas le chemin que ses deux aînés : pas question de construire un disque entièrement cohérent, quasi-conceptuel. Dès la première écoute, l'auditeur averti sent qu'il a plus affaire à un recueil de chansons. Alors oui, il y a un "style" Victory mais bien malin celui qui saura le définir avec des mots. Il y a un enchevêtrement d'ambiances, de tempos qui n'ont en fait que comme gros point commun un mood de Neil à ce moment-là, et un mélange de sentiments, d'humour et de narration.

Superbe design, notons-le, de la pochette. Neil apparaît dans des photomontages de vieux timbres. Les lunettes de soleil et la dandy attitude sont désormais très loin, mais le personnage y gagne en humanité, et plus que jamais est attachant.

Regardons maintenant de plus près ces petites histoires, la grande majorité méritant d'être qualifiées ainsi, d'autant plus que les paroles sont très aisées à comprendre pour un anglophone "intermédiaire" tel que moi. Les petites pointes philosophiques, les digressions littéraires ne sont pas ce qui étouffent Victory qui, même s'il reste du TDC pur jus, offre beaucoup moins ce petit côté cultivé qui le caractérise d'habitude.


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Nous sommes tout de suite propulsés en terrain connu. To Die A Virgin est incontestablement un début d'album, c'en est même culotté. Très dynamique, il copie sans vergogne les grandes lignes d'un "Something For The Week-End" et d'un "Generation Sex". Passages parlés au début, début de l'instrumentation, couplet-refrain-couplet-refrain-pont-couplet-refrain, conclusion en crescendo. Et juste au moment de se faire rembourser, on se ressaisit... et on se fait encore avoir. Mais par TDAV plus que par n'importe quel autre, parce que c'est un titre unique, avec ses petits violons évasifs et malins, ses "chalalalala" complètement prenants et facilement imitables, et surtout cette histoire de jeune gars qui ne veut plus être puceau et va bientôt perdre sa virginité, terriblement drôlatique, chantée par un Neil plus potache que jamais. Oui, l'homme se repose sur ses bases, mais on arrive encore à lui pardonner... jusqu'au faux pas. TDAV n'en est pas un, tellement c'est une chanson comique, entraînante, sympathique. Il ne reste qu'à dire qu'elle est tellement évidente à chanter et on obtient le seul morceau de l'album qui a une certaine unanimité pour lui en tant que single incontestable.

Très rapidement, nous rentrons dans les sujets qui fâchent. Une quantité non négligeable de pistes ont ici leurs ennemis, et si vous trouvez le mot un peu violent, des adversaires plus ou moins farouches. Mother Dear, par exemple, n'a pas la grandeur d'un TDC habituel. Et pourtant, c'est du TDC, ça s'entend, à l'agencement des instrus, à la mélodie, à la façon de Neil de s'exprimer. Tel "My Imaginary Friend", cette chanson n'a pas de grandes prétentions. Elle se repose sur une rythmique assez simple, avec comme principal élément mélodique un banjo. On se doute que Neil est ému quand il rend cet hommage à sa mère, et aux mères en général, mais l'auditeur ne le suit pas forcément. Peut-être parce que aucun superlatif ne peut s'appliquer à "Mother Dear". C'est un morceau incroyablement modéré, qui permet peu d'envolées (ce qui n'empêche pas des version live intéressantes). Un morceau à travailler ultérieurement, à orchestrer à sa sauce ? Il n'est pas sûr qu'il en vaille la peine. Il n'empêche qu'avec de la spontanéité et un peu d'humour, "Mother Dear" est aussi doux qu'une maman et c'est tout ce qu'on lui demande au final.

Faut voir à pas gâcher le rythme aussi ! Vivement une troisième piste plus remontée !!
Mais existe-t-il ce rythme que l'auditeur attend ? Oui, ne vous méprenez pas cependant, pas de glorieuses envolées à la Casanova. Heureusement, Victory a plus d'un atout dans sa manche, dont son dynamisme. Ne confondons pas la mollesse de la composition, à la mollesse de la musique. Deux questions différentes s'il en est.

Diva Lady est le premier single tiré du disque. Décision qui n'a pas été sans provoquer des heurts. Le titre n'est pas aussi dynamique et efficace que "To Die A Virgin" et n'a pas la classe folle d'un pris au hasard dans le best-of A Secret History. Néanmoins, son rythme innove, avouons-le. Et puis cette ligne de basse, quoi ! Ces petites clochettes et percus qui font rebondir les épaules ! Ces cuivres dandyesques ! "Diva Lady" est groovy comme pas deux, smooth, un peu jazzy, sent bon le parfum du music-hall et des soirées de l'ambassadeur. Sauf que Neil se moque des divas - à travers "la" caricature de la diva - jusqu'au pont aux paroles délicieuses ("She's got thirty people in her entourage, just in case her ego needs a quick massage") et ce clip très fanfaron. Je suis désolé, mais s'il n'est peut-être pas le single qu'il fallait (ce dont je doute), "Diva Lady" est un sacré chouette morceau, et sûr de lui.

Camarade, prends une pioche, une lampe, et accompagne-moi dans le souterrain du désaccord, avec A Lady Of A Certain Age. Pour moi c'est un des meilleurs titres du disque ; mais j'ai dû batailler ferme pour le savoir. J'ai dû passer outre la longueur et la lenteur qui, ensemble, en ont découragé plus d'un. J'ai dû m'imprégner jusqu'à la satisfaction de ce rythme atrocement répétitif. J'ai su me contenter, puis apprécier, ce chant monotone, relevé par quelques accents peu discernables, qui ne s'ouvrent qu'au Aladyofacertainageologue accompli. Et bien sûr je suis passé à travers l'accusation de vanité et de vain qui concerne le thème, car déjà une vieille aristocrate anglaise a tout à fait le droit d'être le sujet d'une chanson, ensuite on navigue en plein dans l'univers de Neil alors quitte à nous la sortir autant la sortir maintenant et de cette manière, enfin, soyons sérieux, ce n'est pas comme si The Divine Comedy avait toujours et sans fin abordé des sujets d'importance n'est-ce pas ?
A condition de ne pas s'endormir, ALOACA berce, entoure d'une aura de quiétude et, avec ou sans paroles, sait instaurer l'émotion. Les guitares sont comme un drap de soie, et le refrain est merveilleusement chanté. Je peux comprendre toutefois que cette chanson énerve et ne convainct pas. A mon sens une des plus polémiques du disque, et des plus aptes à entraîner un débat sur la qualité du TDC nouveau.

Si tu as survécu jusque là, camarade, prépare-toi. The Light Of Day est notre paroi la plus épineuse (une paroi épineuse, c'est pas courant............ raison de plus pour se méfier !). Premier constat est que la chanson est très jolie,... et s'écoute comme du petit lait. Là est le hic ! "The Light Of Day" est beaucoup trop simple. Les paroles restent assez premier degré, une véritable chanson d'amour !, on ne note aucune complexité notable. Suffisant pour freiner un fan ! Cela n'empêche en rien sa grande qualité, qui s'entend par dessus-tout lors du refrain et post-refrain d'une beauté à mourir. J'ai longtemps pensé que c'était un single à sortir en priorité ; mon jugement revu depuis car il n'est pas représentatif de la musique de The Divine Comedy, pour les raisons sus-citées. Pourquoi sinon le renier ? En aucun cas. C'est un petit bonheur pour les oreilles. Neil Hannon + composition efficace = excellente chanson. C'est tout. Et comme c'est tout, mieux vaut se concentrer sur les autres titres.

( Lecteur : Hé Vinczc, moi je pense que "The Light Of Day"  peut être - comme bien d'autres - un premier pas vers une simplification de la musique de TDC.
Vinczc : Oui, tu as raison. C'est une chose que l'on ne sent pas car la musique reste de qualité, mais si on s'interroge sur l'avenir du groupe elle est essentielle.
Lecteur : Tu vas en parler à la fin de l'article ; t'es trop prévisible, donc je te laisse finir.
Vinczc : Ah merci, c'est gentil. Mes lecteurs sont formidables !!! )



* ENTRACTE *

Neil : Vous pouvez aller boire un coup, mais comme tout le monde va faire la même chose, comme d'habitude, vous n'aurez pas le temps ! (© Live at London Palladium 2004)



* NOUVEL ENTRACTE : Threesome *

Peu habitués à de véritables milieux d'albums dans ses disques, nous avons droit à un court morceau au piano. Idée sensationnelle si je peux me permettre ! Non seulement ce genre de pause est bienvenue, et introduit parfaitement la piste suivante, mais elle se montre particulièrement intelligente et rythmée. "Threesome", non, ce n'est pas un porno, mais bien un ménage à trois, puisque un puis deux puis trois personnes vont faire virevolter les touches. Sans énorme prétention au premier abord, cet instrumental s'avère au final tellement excellent qu'on l'écoute comme n'importe quelle autre piste. Personnellement, je la saute très rarement. (quoi, il y a une allusion salace dans cette dernière phrase ?)

Party Fears Two est un chieur. Doublé d'un iconoclaste et d'un hérétique. Tout aurait pu se dérouler à merveille dans la mécanique Victory. Première innovation : c'est la première reprise par TDC qui apparaisse dans un album, et non comme inédit ou version live. La chanson originale est de The Associates, un groupe écossais des années 80, et, sur un style new-wave, est de très haute qualité, portée par une mélodie de base fameuse. Neil a repris la mélodie, a posé son instru dessus (à savoir : pop + petit orchestre symphonique) et soit ça passait soit ça cassait. Seconde innovation : ça a plus que passé... La reprise est peut-être le meilleur titre de tout l'album. Le fan que je suis tique. The Divine Comedy, pour moi, représente une sorte de grade ultime A+ de la composition pop, et voilà que sort sans crier gare une compo qui n'est même pas de Neil et qui vient se tailler la part du lion !!! Ce morceau est un chieur de compétition... Faut-il en déduire que la qualité de composition du maître a baissé ? Je laisse le soin à chacun de se faire sa propre opinion. En l'absence de mienne, je préfère penser que Neil, en bon mélomane, est allé chercher une pop d'excellence et l'a fait sienne à travers un superbe travail d'interprétation. Ne boudons pas notre plaisir et écoutons toutes les versions, celle des Associates, celle de The Divine Comedy. "Party Fears Two" est un joyau, et estimons-nous heureux que les grands groupes s'intéressent à lui.

* Avis aux Tourangeaux. Vous voulez rencontrer Vinczc dans la rue ? Dans un peu plus de 200000 péquins, je dois être le seul à avoir une sonnerie de portable Party Fears Two. Comme je reste en vibreur dans 99% des cas, je vous souhaite beaucoup de chance. *


Bienvenue au Arthur C. Clarke's Mysterious World, le royaume des titres de chanson longs. On pourrait s'attendre à du psyché-prog, mais c'est un morceau plutôt "banal", tout du moins si on le compare au reste de la production. 100% pop, il n'invente rien, si ce n'est quelques astuces par-ci par-là : cuivres mariachi, quelques bruitages. Le mérite de cette chanson est de ne jamais s'essoufler car il y a toujours un pont, un dernier couplet, une nouveauté dans le chant qui rompt la routine. Elle n'est pas taillée pour rester à la postérité, mais elle reste bien ancrée dans la mémoire, à cause de son rythme simple, et de son efficacité naturelle. Un bon boulot.

Attention gros morceau : The Plough. Qu'on m'ait parlé d'une influence Brel-ienne m'a un peu orienté vers une approche négative, et j'ai tout de suite vu le caractère peu innovant de l'entreprise. Après tout, TDC est comme beaucoup de groupes, il ne fait pas qu'innover, il recycle aussi, c'est presque du neuf avec du vieux parfois. Plusieurs écoutes m'ont été nécessaires... Mais quel morceau !!! Actuellement c'est la chanson qui se rapproche le plus à mon avis de l'ancien Divine Comedy des années 90. Virtuosité, souffle épique, cette suite de tranches de vie rebelles bénéficie de paroles admirables qui coulent comme une rivière musicale. Trois parties mélodiquement semblables mais de plus en plus intenses, le résultat s'avère jouissif. Là non plus, "The Plough" n'a rien de révolutionnaire (si ce n'est dans les paroles du troisième couplet !). Néanmoins qui gâcherait son plaisir ? "The Plough" est l'émergence d'une autre référence de The Divine Comedy, d'un autre atour de sa musique, en définitive admirable.

Comme si Neil justifiait sa casquette d'aventurier dans l'artwork de l'album, il repart à l'aventure au royaume des titres de chanson longs. Mais contrairement à "Arthur...", Count Grassi's Passage Over Piedmont nous montre une facette jusqu'alors inconnue de TDC, et une complexité bienvenue. Certes, la musique n'a rien de nouvelle : on pense tout de suite à un paysage de carte du monde, et au défilement sur cette carte. Neil a pompé dans ce type d'airs bien connus, typique de l'aventure, mais l'a remodelé à sa façon. Par exemple, au contraire des autres "instrumentaux en avant-dernière piste dans les albums à onze titres", il est chanté. Croyez-moi, ceci change absolument tout, sinon on aura affaire à un tout autre morceau, pas forcément bien intéressant. Neil ne se contente pas de déployer une voix tour à tour volontaire puis poétique, il se "double" d'une autre ligne de chant du plus bel effet. L'effet rendu peut déséquilibrer l'auditeur à la première cordée, mais en grand alpiniste, il est bon de se laisser enivrer par le vertige des montagnes. Cette chanson n'est jamais totalement palpable, s'élance, flotte dans les airs. Qu'il est doux, mes amis, de se laisser transporter dans ces sommets d'incertitude. L'instrumentation, la voix, tout est parfait, et a nécessité une production de choix pour ce titre taillé pour le studio. Qu'en serait-t-il d'une éventuelle prestation live ? En attendant, allongez-vous et écoutez.

Fin de l'album... en continuité, et en douceur. Snowball In Negative entre dans la catégorie des chansons extrêmement douces telles que "Timewatching" et "The Wreck Of The Beautiful". Une fois de plus, l'air est déjà entendu, aux accents hivernaux et solitaires. Plusieurs thèmes n'y semblent pas neufs, d'où l'idée que c'est à cause de ça que j'ai eu du mal à m'immiscer dans ce titre. Mais comme je l'ai avancé plus haut, Neil est un remodeleur ; et puis au bout d'une dizaine d'albums, des analogies commencent sérieusement à se faire sentir. Gâcherions-nous notre plaisir ? Non. Cette chanson est jolie, très jolie, et la fin est une merveille de conclusion, bien que trop courte dans sa version studio. Espérons des outros dignes de ce nom en concert !


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Victory For The Comic Muse fait parfois penser à Absent Friends... Il y a des analogies de compositions, et de production. L'écoute laisse trahir la similarité de la période. La comparaison s'arrête net dès que l'on parle de l'ambiance.
Regeneration et Absent Friends n'ont pas fait que faire entrer de plain-pied TDC dans les années 2000, et en lui créant de nouveaux styles, ce sont aussi des albums un peu conceptuels, et d'une intimité flagrante.
Victory prend cette tendance à contre-pied ; il est l'oeuvre d'un Neil Hannon effectivement habitué à sa décennie et qui peut maîtriser ses nouvelles capacités. De ce fait, Victory n'apparaît pas comme un disque aussi compliqué que ses prédecesseurs. C'est quasiment un simple recueil de chansons qui se retrouvent dans une atmosphère. Une atmosphère salvatrice, devrais-je dire, puisque un troisième album un peu introspectif aurait peut-être été à redouter, et à flanquer une bonne déprime. Par son visuel, ses sautes d'humeur, ses fantaisies, ses petites superficialités, ce nouvel album est beaucoup plus récréatif, et sonne comme une bouffée d'air frais. Mieux, il montre un Neil Hannon qui n'a pas tant vieilli que ça finalement.

Reste la question de la qualité des compositions. Que devrais-je dire d'autre, si ce n'est qu'une fois encore, Neil est un bon cran au-dessus de la moyenne des albums de pop ? A prendre à part, Victory For The Comic Muse est un disque de très haute tenue, calibré, complet, presque gourmand et plutôt généreux.Nul doute que nous avons affaire à une des meilleures sorties pop de l'année 2006.

Resituons dans le contexte du groupe lui-même. Nous ne devons pas voiler ce constat : Neil est parti dans une toute autre direction que celle qui a fait son succès dans ses folles années. Morceaux moins ambitieux, plus terre à terre, plus sobres. On est parfois à mille lieux de la complexité des romances d'autrefois, ce qui ne manquera pas de gêner certains, qui regretteront que Neil se complaît dans une simplicité, et de temps en temps une naïveté touchante. Autant de marques de fabrique que TDC a utilisé avec modération autrefois, et qui ne sont pas en priorité à l'origine de ses plus grands chefs-d'oeuvre.

Victory n'est pas à lyncher, parce qu'il a mis un terme à une série d'albums, certes essentiels, mais qui nécessitaient tôt ou tard une rupture. Or, si rupture il y a eu maintenant, rupture il peut y avoir demain comme dans dix ans.
Neil Hannon se complaît pour l'instant dans un "syndrôme Damon Albarn", qui consiste à être partout dans le petit univers de la pop. On ne compte plus ses collaborations : avec Air ("Somewhere Between Walking And Sleeping"), Charlotte Gainsbourg ("The Songs That We Sing"), Pugwash, Duke Special ("Our Love Goes Deeper Than This") etc. Le monsieur demeure plutôt actif.

Un album pour 2008 alors ? Aucune news à l'heure actuelle, ne nous affolons pas. Impossible aussi de savoir ce qu'il va en découler. Un retour aux années 90 serait une joie, mais c'est impossible, il peut éventuellement faire quelque chose qui y ressemble mais qui a son p'tit truc. Je dis ça mais je n'en sais rien ! Avec The Divine Comedy, on peut certes s'attendre à être surpris, mais bien plus à être émerveillé. Neil Hannon est un faiseur de chansons, un des meilleurs. Tant qu'il conservera le talent, la foi, ce "Quelque Chose", apprêtons-nous à nous prendre ses chefs-d'oeuvre en plein la figure.

Ne vieillis pas trop vite Neil, on a encore besoin de toi. 37 ans, c'est un bel âge de toute façon (37... comme l'Indre-et-Loire !).

Joyeux anniversaire Mister Hannon !
Par Vinczc - Publié dans : Musiiique - The Divine Comedy
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Mardi 31 juillet 2007 2 31 /07 /Juil /2007 18:44
2004. Nous nous approchons à grand pas du temps présent. C'est une année charnière dans ma vie, avec son lot de tragédies, mais aussi d'espérances, de renouveau, de passage plus affirmé à la vie adulte. En découlèrent de très bons moments, accompagnés comme toujours d'une soundtrack to our lives, et de quelques albums avec lesquels j'ai donc un très bon rapport affectif ; les plus marquants étant Selling England By The Pound de Genesis et Absent Friends.


Combien de fois ai-je pu fredonner tous ces airs... A l'instar de Regeneration, que j'ai dû acheter à peu près à la même période, légèrement avant, AF a marqué mes années de fac, parmi les plus belles, le reste de mes études n'étant qu'un chaos m'ayant mené à une incertitude totale, et laissant la place à de nouvelles playlists.

Absent Friends est le premier album de TDC que j'ai acheté le jour de sa sortie. J'ai profité des deux ans précédents pour agrandir ma culture du groupe et ainsi comprendre le sens de ce "retour aux sources" tel qu'il a été mentionné un peu partout dans les médias. Bien sûr, et tout le monde s'y attendait un peu, nous n'allions pas avoir droit à un Fin de Siècle bis ni à un saut dans le passé. Bien qu'il peut être fier de ses premières années, Neil Hannon est un artiste comme un autre, et ayant déjà évolué, il sait qu'il peut continuer à le faire, et à proposer a whole new thing. AF n'est pas révolutionnaire, il joue sur les bases solides d'un Divine Comedy n'ayant plus rien à prouver, si ce n'est qu'il est encore capable de créer et de composer dans le style qui a fait son succès.
La pochette, elle, montre l'avancée : Neil ne porte pas de lunettes de soleil, n'est pas conquérant. Bien que toujours très chiquement habillé, il semble plongé dans une réflexion un tant soi peu mélancolique. Son visage a vieilli, et semble bien plus mature, et avoir (définitivement ?) abandonné les postures héroïques des années 90. AF serait-il un manifeste d'humilité ? En partie. AF est-il plus sobre ? Incontestablement. AF est-il encore un album de The Divine Comedy ? Plus que jamais !

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Première petite nouveauté, l'éponyme est en première position et est un single (le second et... c'est tout, il n'y a eu que deux singles en tout !). Absent Friends m'a laissé froid de nombreux mois... Quelle erreur. A se taper la tête contre ma mini-chaîne et s'auto-bannir à vie du forum de A Short Site ! J'ai d'abord trouvé que c'était un bon morceau, bien rythmé, mais peu original, pompant à grands traits dans le répertoire d'un quelconque crooner. Puis je me suis dit que déjà, cette accusation est en en partie une invention de mon cerveau qui a dû bloquer sur la grande simplicité de l'air. Sitôt débloqué, j'ai pu savourer. Quel tube ! Le chant est d'une limpidité sans pareille, chaque couplet donne à voir et à découvrir, a sa propre intonation. La structure est parfaite. Le retour de l'orchestre classique est bienvenu, tant le résultat s'avère émouvant. Neil se lâche à la fin, déployant ce que parfois son emphase sait faire de mieux. Le disque part sur des chapeaux de roue !

La seconde piste surprend encore moins. Ce n'est pas une claque ; étrangement on navigue en terrain connu, alors que Neil ne nous a pas donné l'habitude de ce genre, à part peut-être dans certains inédits ou reprises. Sticks & Stones, mis à part qu'il bénéficie de l'accordéon de Yann Tiersen (excellent choix !), déroule une mélodie simple mais sans fausse note. Le refrain est doux comme le miel. La seconde partie reprend le même thème mais dévoile des possibilités plus intéressantes. Le final est on ne peut plus classique mais émeut (surtout, je trouve, lors des toutes dernières paroles). On est loin de la complexité d'un Fin de Siècle ou d'un Casanova ; ce qui a dû dérouter certains fans. Pourtant, il s'agit d'une chanson de qualité. On sent dès le début que AF joue dans un autre registre.

Nouvelle facette avec le fascinant Leaving Today, doux et lent. Les paroles sont une fois de plus un nectar pour les oreilles, mais semblent retrouver le second degré inhérent à de nombreuses compos TDC (quelqu'un peut-il me le confirmer ?). Neil n'a rien d'autre à faire ici que suivre sa mélodie. Sans artifice aucun, une vraie belle chanson, rien d'autre.

Si AF était un repas, nous serions en train de quitter l'entrée. Le premier single installe indubitablement le plat de résistance. Dynamique, sautillant, Come Home Billy Bird narre avec brio un petit fragment de vie, celui d'un business man qui doit prendre l'avion pour remplir son devoir de papa ! Les paroles, est-il utile de le préciser, sont très humoristiques, et le morceau dans son ensemble est ô combien chaleureux. Encore une nouveauté et pas des moindres, le refrain est chanté dans sa version studio par une voix féminine (ici Lauren Laverne), conférant un cachet inimitable à la chanson.
Et là, on se rend compte d'une chose : AF n'hésite pas à être bien plus accessible que ses prédécesseurs, mais, à mon avis, sans jamais se déparer des atouts de TDC. On ne se pose jamais la question de savoir si l'orchestre classique est au service des compositions, celles-ci menant leur barque avec une maîtrise certaine.

Chose heureuse : Absent Friends est varié, comme tout album de TDC. My Imaginary Friend ne daigne pas s'aventurer dans la cour des blockbusters, mais arrive à être unique à sa façon. C'est une petite chanson, mariant l'atmosphère des comptines pour enfants aux gentils délires de Neil. Le piano derrière est imparable. Plus riche qu'il n'y parait, c'est une totale réussite, et surtout la preuve que depuis le commencement de la liste, AF prouve sérieusement qu'il a apporté du matériau neuf à la musique de The Divine Comedy.

Milieu du disque : constat favorable. Heureusement, très vite, de nouvelles perles vont arriver, et on assiste dès à présent à ce qui pourrait bien être ma "suite de trois" (ou brelan vainqueur si vous vous sentez l'âme joueuse...) préférée de toute la discographie !

Incroyablement éthéré, presque transparent, The Wreck Of The Beautiful n'en reste pas moins une merveille. Toute la poésie réside dans ce calme et dans cette sorte de complainte aux accents nostalgiques, magnifiée par un refrain dont les choeurs semblent ressortir du fond des âges. L'importance des vocaux est ici cruciale. Un pur morceau d'ambiance ; si vous n'êtes pas dedans c'est peine perdue, pour ma part c'est un petit enchantement.
Le volume s'estompe... Est-ce pour mieux laisser la place au meilleur morceau de TDC des années 2000 ? ^^

Je vais m'enfoncer dans les banalités, et ne prendre aucun risque : il y a quelque chose de magique dans Our Mutual Friend. Tout d'abord cette rythmique sortie tout droit de chez un hypnotiseur professionnel. Ensuite, la mélodie qui va avec, et ce chant qu'on n'hésite pas à reprendre, même s'il est incroyablement répétitif. Puis ces instrumentaux, se faisant tour à tour plus insistants, car même s'ils semblent figés, ils avancent petit à petit, d'une infime longueur. Enfin, la tonalité de la chanson tout simplement, car même si Neil joue encore de paroles bien à lui, il commet une fois de plus l'exploit de les caser dans un registre définitivement épique. Jusqu'au final, "Our Mutual Friend" n'a qu'une prétention, nous transporter, nous montrer qu'il a quelque chose que les autres n'ont pas. Splendide aussi bien en live, en studio, qu'en formation à trois guitare sèche-batterie-contrebasse, c'est en fait une composition de maître, ultime preuve que Neil n'a rien perdu de son songwriting.
Son côté très lancinant et cette facilité un peu louche ne plaît pas à tout le monde, bien au contraire, mais je préfère voir dans cette capacité à rassembler les débats une marque des grands, ou dans une moindre mesure, des morceaux possédant une aura.

Bien moins grandiloquent ("OMF" est le seul de l'album à jouer aussi haut dans cette cour, suivi de près par trois-quatre autres), The Happy Goth est un amour de chanson. Mélodie originale (et c'est l'essentiel !), attirante, complexe, paroles simples mais vraies et parfois d'un humour assez lucide, variations d'ambiances sans jamais perdre en cohérence, le premier extrait de AF que j'ai découvert a dans cette version studio tout ce qu'il faut pour plaire.

Dur, dur, après un tel festival de se mettre à Freedom Road. J'ai un peu de mal avec la fin de l'album, car elle se contente juste d'être "bonne", sans autre ambition. Je n'irai pas jusqu'à nier l'originalité de cette neuvième piste. Neil pousse le minimalisme à un point de sérénité rarement vu chez TDC, surtout que les basses sont omniprésentes et donnent un côté très placide, un peu vagabond. Ce que je reproche à "Freedom Road" est qu'il ne me fait pas assez rêver, ce qui est regrettable pour un tel moment d'ambiance. Néanmoins je suis sûr que d'autres ont pu se retrouver dans cette atmosphère. A vous de juger.

Laika's Theme me nargue un peu : j'ai l'impression que AF s'est juré de me faire endormir avant la fin. Ok je reprends mes esprits : c'est un instrumental, le fameux "instrumental de la piste 10 qui ne sera jamais aussi bon que Europe By Train parce que c'est Vinczc qui l'a dit". La particularité est que la musique est très douce, tout aussi lente, joue sur des petits accords cristallins. Je pense que c'est le morceau qui représente le mieux l'esthétique (assez unique, j'allais l'oublier) du livret, avec ces très beaux paysages neigeux. Il faudrait que je le réécoute, je l'ai pas sous la main en ce moment et la charmante Laîka m'en voudrait de ne pas prendre au sérieux cet instru de qualité (car oui, bon, c'est du TDC tout de même), je ne sais pas... une impression !

La boulette aurait été d'enchaîner avec "Snowball In Negative" de Victory... - gniarkgniark - mais nous avons tout de même droit à un final plus classique. Malgré qu'il m'a très tôt laissé le spectre du plagiat (la jolie ligne de piano me fait penser sans détour à des thèmes tout droit sortis de Final Fantasy ou d'autres RPG nippons), Charmed Life a bien sûr l'intelligence d'ajouter sa petite touche.
Cette piste est celle qui m'a fait poser la question : TDC, est-ce vraiment original, ou est-ce parfois de la copie intelligente ? Je pense de temps en temps encore à ce débat lorsqu'il se rappelle aux souvenirs de mes neurones, bien que j'ai apporté une réponse temporaire, et peut-être la plus sage, comme quoi copier involontairement est un acte incessant, que la copie en général n'est souvent que de l'inspiration, et que l'originalité, la "vraie avec un grand O", est un concept bien vague dont la définition la plus pure ne serait soit qu'une chimère soit une révolution.
Revenons à nos moutons : sitôt passée la minute métaphysique, "Charmed Life" offre tout d'abord un décor attachant, une déclaration d'amour de Neil à sa fille, et je pense qu'elle n'aurait pas pu être mieux. On y retrouve la douceur dont fait preuve un parent, la même douceur et sérénité qu'il éprouve par le bonheur d'être parent, mais aussi, à travers entre autres une seconde partie enflammée, la fougue, la promesse d'aventures, et avant tout un réel enthousiasme. Une chanson magnifique en fin de compte, portée par une humanité faite musique.



[ Ayant acheté l'édition limitée, je me suis retrouvé avec le CD Absent Friends Companion, quatre faces-b méritant d'être citées : le très planant Idaho (on dirait le petit cousin de "Laika's Theme" mais chanté !), Anthem For Bored Youth, tango inspiré par les paroles de "Three Sisters", le très délirant et philanthrope (je ne connais pas l'équivalent pour les animaux...) All Things, et Girl Least Likely d'une beauté contagieuse. Un bonus de choix, tant les morceaux sont variés et intéressants ! ]


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Absent Friends offre un nouveau visage de The Divine Comedy. Neil a retrouvé ses cheveux courts, ses costards et son orchestre, cordes, violons et plus si affinités, mais ne nous ressort pas les mêmes recettes. Il les met à contribution pour un projet moins ambitieux, et de ce fait plus accessible. Quoique... AF est-il moins ambitieux ? Son objectif est aussi de ne pas décevoir les amateurs d'un groupe dont il y a pas mal à parier que son âge d'or soit passé. Challenge de poids !
Certains ont trouvé que AF a amplement réussi, d'autres que c'est un beau coup dans l'eau.
En proposant des chansons plus parlantes, moins réservées aux initiés (et encore...), en insufflant un peu plus de lui et de sa vraie vie, Neil prend clairement un virage, et se détache des hauteurs atteintes dans les 90's.

Absent Friends, je trouve, est digne d'intérêt et d'une grande richesse. C'est un album très peu extravagant, mais fort de quelques pistes hautement épiques. Et pourtant c'est un disque assez intimiste, d'une grande sobriété, dont de nombreux morceaux invitent à une écoute apaisée, sans que ce soit plus ni moins intellectuel qu'avant. C'est presque un disque d'intérieur, c'est ainsi que je l'ai ressenti, tandis que son successeur Victory... retrouve les grands espaces des années 90, avec des climats plus variés, et parfois plus exubérants.
Il n'en faut pas plus pour être à deux doigts de trouver AF plus chiant. Seulement ce n'est pas le cas, et pour au moins deux raisons. La première est qu'il y a une qualité de composition plus que jamais présente. Les chansons sont certes d'un abord facile, mais sont soigneusement tissées, dotées d'arrangements astucieux, de nombreux passages mélodiques s'incrustant parfaitement entre eux. La seconde vient directement du son de l'album. Ecoutez... N'y a-t-il pas une homogénéité évidente dans ce disque ? Absent Friends est unique, a une identité musicale. Une identité précise et remarquable. Neil Hannon et sa bande ont réussi à insuffler vie et âme à leur bébé.
La conclusion est sans détour : Absent Friends est diablement intéressant, bourré de sens, et peu vain. En cela c'est un grand album, et pour ma part, cela lui suffit, ainsi que toutes ses autres qualités à en faire une pierre angulaire du Divine Comedy nouveau.
Par Vinczc - Publié dans : Musiiique - The Divine Comedy
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Samedi 3 mars 2007 6 03 /03 /Mars /2007 14:36
Ahah ! Vous ne vous y attendiez pas, un nouvel article sur TDC ! Que dis-je, la suite officielle de ma série d'articles discographiques ! Que voulez-vous, ces articles prennent du temps, ne sont clairement pas évidents à construire... Vous avez le choix entre de la sous-chronique ou ce que j'espère être un point de vue qualitativement buvable par tous les assoiffés de mon blog (je me permets cette petite pirouette égocentrique car les stats de mon blogounet dépassent mes espérances, et de mes minima qui doivent être proches de un à deux visiteurs par semaine - non, je ne suis pas trop difficile).

Rafraîchissons vos petits esprits assistés : les années 90 sont finies, Neil Hannon est tapi dans l'ombre, prêt à bondir comme un jaguar avec un nouvel opus attendu au tournant. Peut-il faire "pire" que Fin de Siècle ? Soyons moins ironiques : peut-on faire plus grandiloquent et sophistiqué que la grandiloquence même ? Le groupe ne risque-t-il pas tout simplement de se caricaturer, de s'enfoncer dans une quête sans retour de personnalisation avortée, de finir dans les tréfonds de la fosse de "ceux qui ont déçu" ?
Neil Hannon a prévu la parade : il va sortir sur le marché de la musique nouvelle, qui n'a strictement rien à voir avec ses travaux précédents.
Cette dernière phrase frôle la désinformation : TDC reste TDC. Ecoutez ce disque (2001 je précise) ! La voix de Neil est reconnaissable entre toutes, nous avons toujours affaire à de la pop, typée britannique, le chant reste mélodieux, tantôt suave, tantôt énergique.

Ce qui change : l'ambiance, et la musique. La pochette ne montre pas le leader, c'est une création artistique (ma foi fort réussie) qui fait un peu penser à la connaissance européenne, à une énergie poétique. Si vous voulez voir Neil, tournez la jaquette, il s'est laissé pousser les cheveux, porte des habits tout ce qu'il y a de plus contemporains et urbains et, comble de la révolution, pose avec tous ses potos musicos (sept en tout, en comptant Neil).
Résumons : The Divine Comedy, de nouveau un groupe ? Sur cet album, indubitablement. Même sur les clips ("Love What You Do" et "Perfect Lovesong"), les membres de la formation apparaissent en bonne place derrière le chanteur.

Les paroles ensuite. Je les trouve bien plus accessibles que dans ses anciens morceaux, parfois bourrés de références, de second degré, de détails un peu obscurs. Bien que magistralement écrites (c'est une fois de plus un plaisir à chanter), les paroles indiquent avec moins d'opacité le sujet de la chanson, qui traitent de questions sur soi et, souvent, de sujets de société (notamment la nécessité de se libérer du culte de la perfection et de forger sa propre personnalité) sans oublier les chansons d'amour.
En général, le ton de l'album est plutôt positif, en aucun cas déprimant, invitant à une... régénération, tiens, pourquoi pas ?

Mais n'oublions pas la musique elle-même. Oubliés les violons, les cuivres (on en trouve un peu, certes), les orchestres classiques. La structure des morceaux est bien plus proche de la pop-rock traditionnelle, mais sans oublier cette petite touche TDC, avec comme éléments principaux basse, batterie, guitares électrique et acoustique, et aussi des petits bruitages électroniques et des nappes de synthés plus ou moins accomodants (un proche m'a fait savoir qu'ils étaient fort dispensables sur certaines pistes - perso ça ne me dérange pas plus que ça).

Par "Regeneration", Neil indique sûrement qu'une nouvelle époque commence pour son groupe, et qu'il n'a pas l'intention de singer sa propre musique, ou même de se répéter inlassablement. Peut-on voir en cet album une sortie salvatrice ? Quoiqu'il en soit, il semble qu'une brise de renouveau flotte sur les onze plages du disque. Et étrangement, ce n'est pas un album particulièrement enjoué, il est bien trop sobre pour cela. Les chansons sont dans leur majorité extrêmement calmes et posées (comparées à l'ancien TDC) mais nous n'avons pas affaire à une "Liberation", juste à une "Regeneration" d'un artiste qui a mûri, qui tente de nouvelles pistes, et qui espère bien convaincre à la fois ses fidèles et un nouveau public (il en trouvera d'ailleurs).

Mais pas sûr que tout le monde ait apprécié la tentative "Regeneration" ! Zoom sur un album polémique.

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Débutons par Timestretched : c'est incroyablement doux, on se laisse transporter, prisonnier par des arpèges acoustiques mariés à un chant sans prétention, comme une comptine, noyé dans une certaine solitude presque nécessaire à l'écoute. Une entrée en matière rafraîchissante, courte mais un peu surprenante, qui ne s'éternise pas (sinon bonjour l'effet berçeuse...). Juste le temps de laisser la place à...

Bad Ambassador. Quel titre étrange la première fois que je l'ai vu. De quoi cela parle-t-il, de politique ? Loupé, d'amour en fait. Le mauvais ambassadeur est l'amoureux qui ne sait pas gérer son couple et les attentes de sa belle (selon son avis bien sûr !). Voici le premier effet "single de Regeneration". Je m'explique : les trois singles de l'album sont très différents du reste. Ce sont pour la plupart des hymnes pop-rock incroyablement enjoués, dotés d'une mélodie à toute épreuve et d'une force rarement vue.
Notre second morceau (et second single) nous est livré dans toute sa flamboyance. Les instrus pop-rock sont catchy au possible, le chant captive et retient l'attention et le tout est rejoint lors des refrains par une voix épique, des violons lors du pont, et le final est grandiose.
Quel parallèle ! La première piste tient de l'ambiance, d'un climat confidentiel, et la piste qui suit juste après est un des tubes les plus marquants et parfaits de TDC. Bad Ambassador est une petite merveille de pop.

Et que dire de Perfect Lovesong ? (le troisième single) Ne vous y trompez pas : la "chanson d'amour parfaite" n'est pas censée être la chanson elle-même mais le sujet de celle-ci... mais franchement on n'en est pas loin. Tout est fait pour s'en rapprocher. Là apparaît enfin tout l'intérêt d'un TDC nouveau : Neil Hannon n'a nul besoin d'artifices supplémentaires pour composer de belles chansons. La mélodie de base se suffit à elle-même. Pour l'accompagner, nous avons droit à une orchestration Regen' typique : guitares, batteries, percussions diverses (et souvent aïgues, parfois cristallines), nappes électroniques. En gros, un ensemble qui ne figure absolument pas dans les précédents albums.
Sinon... Perfect Lovesong est une piste d'une simplicité et d'une beauté inouïes, ensoleillée (je pique ce terme maintes fois employé à son propos, mais c'est celui qui convient le mieux, franchement), et un nouveau single en puissance.

Grande pause. Fini les singles pour quelque temps, nous revenons sur l'autre face de l'album... tellement dissemblable. Note To Self, à côté, semble si répétitive, si morne, si vaine. Mais non ! C'est juste une autre ambiance, une autre introspection. Il n'y a pas la volonté d'écrire un tube, mais juste une chanson. Ici, lente, très lente et longue mais prenante, d'une certaine noirceur aussi (au mieux, c'est très introspectif si vous préfèrez), à un moment subitement dérangée par un pont rock d'une grande violence. Pourquoi se priver lorsque le chant de Neil n'oublie pas d'être habité ?

La transition avec Lost Property est parfaite (oui, il semble bien s'agir de bruits de ping-pong, ne me demandez pas pourquoi).Drôle d'oiseau que ce morceau-là. Il me fait sans aucun raccourci penser à "Je suis venu te dire que je m'en vais". Même si l'on sait que Gainsbourg ne fait pas partie des dernières références auxquelles on penserait pour Neil, l'analogie est frappante. Heureusement, je passe outre le terme "plagiat" car j'y décèle une vraie personnalité. Le propos tout d'abord, d'une certaine fantaisie (le chanteur se lamente car il a perdu toutes ses affaires et il les cite une par une) tandis que la tragédie et la mélancolie sont remarquablement rendues. Difficile affaire de convaincre l'auditeur de l'émotion d'une chanson (en plus les choeurs sont admirables lors du second couplet) dont les paroles confinent parfois au franchement bizarre. Rien que pour ça, Lost Property vaut son pesant d'or.

Eye Of The Needle, en voilà une affaire, une de plus. Nous sommes au coeur du style de Regeneration. La première fois que j'ai écouté cet extrait (qui est aussi ma première expérience de cet album), j'ai crié au scandale : aucune mélodie, ça ne décolle pas, on dirait de la pop-rock basique telle que je ne souhaite pas la trouver chez The Divine Comedy ! Ce sont grosso modo les même appréhensions dont j'ai parlé pour "Note To Self".
Comme vous vous en doutez (car je suis très prévisible), j'ai révisé mon jugement et pas qu'un peu. Nous ne sommes pas face à un ancien TDC, un point c'est tout. Neil met son talent au service d'autres chansons... c'est tout ! Et quand on y prête l'oreille, le morceau est tout bonnement... magnifique. Cette histoire de relation et de confiance / méfiance avec Dieu et l'église qui le représente est traitée en beauté, la voix de Neil insistant bien sur les reproches, les interrogations, les espoirs perdus... Dès le deuxième couplet, l'intimité devient de plus en plus profonde, et le summum de la chanson se situe à cet endroit, juste avant que Neil finisse de chanter et laisse la place à un orgue (choix logique, vu le sujet du morceau) qui achève de donner à cette véritable révélation toute l'ampleur qu'il lui faut.
Un conseil : ce n'est pas en cherchant ici les figures de style virtuoses que vous apprécierez une telle prestation. Entrez dans le morceau. Il n'y a rien d'autre à faire.

Fin de la première période : attaquons le premier single (comprenez : premier single sorti), Love What You Do. Le titre est plus qu'explicite : fais ce que tu aimes, ne sois pas un mouton, dépasse-toi, vis ta vie man. Moui, dit comme ça, je ne donne pas envie de l'écouter, mais je vous rassure, Neil est plus convaincant.
Oui, c'est encore un hymne, avec un grand H. Couplet entraînant - refrain entraînant - couplet entraînant - refrain entraînant  X 2, et l'affaire est bouclée. A vrai dire, le fond du morceau est tellement bon que même la forme, qui peut sembler un peu molle, suit. Résultat surprenant : Love What You Do est le moins dynamique des tous les singles mais c'est peut-être le plus abouti, aidé par son effrayante efficacité.

Fini les singles, on oublie, on n'y reviendra pas (sauf pour la conclusion). Dumb It Down fait une nouvelle fois penser aux autres morceaux déjà entendus. Regeneration est un album plus que répétitif face aux autres productions. Mais je le répète, ne cherchons pas ici diversité, mais plaisir d'écoute, réussite des compositions, production impeccable, instrumentation infaillible.
Les paroles sont crues, très jouissives, dénonçant une médiocrité de l'esprit qui flotte au-dessus de notre société contemporaine, où la TV entre autres assoit son règne. Là aussi, le couplet, lent et machinal sans oublier d'être humain se conjugue à merveille au sujet. Et là aussi, le refrain offre une richesse supplémentaire, brisant la monotonie toute relative du couplet : percus, cloches, intensité du chant. Dumb It Down est encore plus appréciable qu'elle n'oublie pas d'être unique et mélodique.

Mastermind change un peu, car l'ensemble est légèrement plus long, et beaucoup plus calme. Les deux morceaux se ressemblent sur certains points (à commencer par la thématique qui parcourt l'album), mais Mastermind joue moins sur la nervosité et l'âpreté et plus sur la sagesse. Neil peut énerver à jouer les donneurs de leçons, mais la chanson calme, apaise, offre à son propos un cadre accueillant. Ce n'est pas à mon avis le morceau le plus convaincant, loin de là, mais j'avoue qu'il offre de bonnes bases à une approche sympathique de TDC. Jamais le groupe n'avait paru aussi consensuel, sans être inintéressant. C'est l'antithèse des tubes coup-de-poing que n'hésitent pas à chérir les fans, et je ne suis pas le dernier pour cela. Mais ici c'est fou le recul qu'on peut prendre si on en vient à apprécier un tel morceau.

Tiens, il y a un morceau éponyme. Je le dis tout de suite, c'est un de ceux que j'aime le moins dans toute la discographie ; non il n'est pas mauvais (je re-précise que je n'ai pas encore trouvé de TDC mauvais, qui soit suffisamment insupportable à mes goûts), il est dans la droite lignée du reste du disque, et à ce titre il ne mérite pas d'être jugé plus défavorablement, mais... il l'est trop justement. Il ressemble trop à "Note To Self", en moins bien. Il ne décolle pas aussi bien que ses petits camarades. Vous avez vu, j'ai dit du mal d'un morceau de Neil chéri ?!? Attention, ça ne se reproduira pas deux fois.
Regeneration, vous êtes le maillon faible, pas au revoir, mais je vous écoute en dernier, et encore si j'ai le temps.

Heureusement, l'outro est mythique. Aaaahhh, que je peux aimer ce The Beauty Regime.
Un véritable joyau à chanter soi-même, d'une grande lenteur qui n'est jamais un fardeau (tout personnellement, je m'amuse à laisser plusieurs secondes entre certains vers, et croyez-moi ou pas, ça colle toujours), il s'agit d'une ballade ultime, d'une simplicité à couper le souffle. Les paroles (encore une fois parfaites) toucheront plus d'une personne, c'est quasiment universel pour la société occidentale d'aujoud'hui. A ce titre, sans faire partie de la "bande des singles", cette charge contre le Beauty Regime est un nouvel hymne d'un album qui n'en manque pas. Et si cette chanson était un parfait résumé et une conclusion idéale d'un disque qui tend à toucher le plus de monde possible, en ayant au besoin laissé quelques fantaisies de côté ?

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Regeneration est un album à part, sans aucun doute.

Il tranche radicalement avec le style TDC habituel, sans oublier d'être TDC justement. C'est juste un groupe qui a tenté quelque chose, et qui selon les divers avis, l'a foiré ou réussi.

Déjà, c'est un disque qui ne brille pas par la sophistication de ses arrangements, ni même par la flamboyance du songwriting. Il n'en reste pas moins suffisamment varié pour ne pas crier famine au bout de onze titres.
La majorité de la galette est constituée de chansons simples, relativement calmes qui misent beaucoup sur l'ambiance, et leur qualité intrinsèque, au-delà de tout maquillage, et c'est probablement au bout de plusieurs écoutes qu'un futur admirateur se mettra à leur attribuer de la qualité.
Un véritable disque intimiste, personnel mais sans jamais être chiant à mourir, car sauvé par la qualité d'ensemble, par un Neil plus présent que jamais, et soutenu à bras tendus par une foi réelle.

... Et au milieu de tout ça, trois titres, singles nés, hits imparables, trop parfaits pour être honnêtes, qui parce qu'ils ne sont pas représentatifs du reste de l'album malgré une instrumentation à peu près équivalente, n'ont pas offert les conditions nécessaires pour faire de cet album la surprise de ce début de siècle. Au moins, on ne pourra pas reprocher à Neil de n'avoir pas soigné sa promo : en terme de singles, Regeneration fout une branlée aux deux derniers albums.

Surtout qu'on ne peut pas non plus accuser Neil Hannon d'un manque d'inspiration lors de cette époque : si Regeneration est rempli de morceaux - laissant dubitatifs certains fans - qui, mis bout à bout, forment une certaine harmonie et une homogénéité à toute épreuve, les faces-b de cette période sont plus que convaincantes (et variées !). "Get Me To A Monastery", "Edward The Confessor", "U.S.E.", "You"... sont autant de petites perles qui n'arborent pas précisément les mêmes climats que l'album.


En définitive, Regeneration a eu des effets multiples sur la population mélomane :
- certains fans de TDC ont détesté
- d'autres ont moins aimé que le reste de la discographie
- d'autres, enfin, le mettent en bonne place et lui reconnaissent de la qualité (--> moi, donc)
- d'autres trouvent que c'est le meilleur ; mais dans ce cas, peut-on avancer l'affirmation - encore fort bancale - que ce sont les amateurs occasionnels du groupe, ou ceux qui ne sont pas traditionnellement rattachés à ce style de zik, qui font partie de la minorité des défenseurs impitoyables de Regen' ?

En effet, pour beaucoup de fans de longue date de TDC, Regeneration est trop différent, et ne propose pas les éléments qu font la valeur des grands albums du groupe. Au mieux il est apprécié comme une bonne innovation. C'est pourquoi, sans provoquer une guerre des tranchées, Regen' reste sans challenger sérieux le disque le plus polémique de The Divine Comedy.
Trop différent pour espérer obtenir une place dans le hall of fame, mais bien trop bon pour être dénigré à tous vents.
Fort heureusement pour le bien de la communauté (et puis bon... rien à voir avec les conflits chez ceux d'en face, Radiohead, les Red Hot...), Neil est passé à autre chose et est revenu avec Absent Friends dans le style qui a fait sa renommée. Plus personne n'a besoin de se battre : Regen' ne fait plus chier personne (contrairement à Radiohead, au grand dam des fans uniques de The Bends - dont je ne fais pas partie - et les RHCP, au grand dam des fans uniques des styles 80's-90's - dont je fais en partie partie ; oui mes parenthèses sont toujours un peu compliquées).

Attendez... doit-on enterrer cet album trop vite, maintenant que ceux qui l'aiment l'écoutent, et ceux qui ne l'aiment pas l'oublient ?
A mon humble avis, non.
Deux raisons pour cela : la première est que je pense très sincèrement que ce disque a influencé ses successeurs. Cela s'entend : Absent Friends et Victory... s'inspirent du TDC traditionnel, mais sonnent moderne, nouveau, frais, typiquement 2000's. Si Regeneration n'a peut-être pas inflitré les orchestrations et les instrumentations de ces derniers, il a entamé une nouvelle époque, formé un nouveau Neil Hannon, avec ses victoires, ses échecs, ses nouvelles idées, des expérimentations inédites, peut-être une autre façon de visualiser sa musique, qui sait ?
Ce qui semble sûr, c'est que la page des années 90 est bel et bien tournée, et qu'il est à mes yeux vain d'espérer un retour des années dorées. Si Neil fournit un jour un matériel semblable, ce sera le Neil d'aujourd'hui qui l'aura construit, pas celui d'il y a dix ans.

Pour conclure, et comme dernière raison, il est évident que Regeneration a séduit de nombreux non-fans de TDC. Et c'est une victoire quand on y pense ! Neil Hannon n'a jamais fait l'unanimité, en partie à cause de son style jugé "boursouflé" et prétentieux, et voilà que l'un de ses essais multiplie les critiques élogieuses.
Surtout, même ceux qui n'apprécient pas le petit univers de Neil Hannon lui avoue un certain talent pour composer des chansons pop et des disques qui tiennent la route. Et ça, c'est un des meilleurs arguments que j'ai pu trouver pour prouver que le bonhomme est un des songwriters les plus convaincants et doués de sa génération, et que ce n'est pas la barrière d'un style qui va mettre à mal son talent.
Par Vinczc - Publié dans : Musiiique - The Divine Comedy
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