The Divine Comedy - Liberation (3/10)

Sur la pochette de Liberation (1993), un gros plan est fait sur Neil, de face, en costume-cravate, lunettes de soleil sur le nez. Ainsi débute une série de visuels où notre leader apparaît seul, dans une expression graphique (décor, attitude, vêtements…) qui en dit long sur la tenue de l'album en question.
Liberation est donc le premier album du Divine Comedy moderne.
Si Neil semble seul ici, c'est parce qu'il est le seul membre de son groupe, composant, chantant, jouant des instruments, et s'aidant de divers musiciens. Il aurait très bien pu utiliser son propre nom pour ses productions mais il n'en est rien, créant un exemple de fusion entre un artiste et un "personnage", à la fois groupe et individualité.
Si Neil est habillé très élégamment, c'est pour coller à sa nouvelle image de marque, une musique littéraire, intellectualisée mais accessible, savant mélange de pop et d'orchestration classique.
Si Neil est plus jeune que jamais, avec un teint clair, c'est car il débute sa carrière et ne semble pas prêt de la finir. Tout ne fait que commencer.
Enfin, si Neil pousse les portes de ce jardin verdoyant, c'est peut-être (sans doute ?) une métaphore pour exprimer cette fameuse "libération". La libération de sa musique, de ses idées, de ses coups de génie artistiques.
D'ailleurs, les observateurs de l'époque ne s'y trompent pas : c'est à une révolution de style que TDC a droit. Liberation n'innove pas timidement, c'est un obus à gros calibre qui est tiré.
Faisons le tour de ce festival de sens.
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Des chants d'oiseaux, un piano léger... Une brise de douceur balaie cette Festive Road. Rarement une introduction n'a autant décontracté avant la suite d'un disque. Plus que ça, cette courte mise en scène pose les bases du chant de Neil, tantôt sautillant, tantôt emphatique.
C'est aussi la mention d'une légèreté, d'une joie de vivre, une véritable marque artistique propre à l'album. Ce morceau irréprochable, pour ne pas dire envoûtant, construit certes un sentier battu, mais intrigue, donne envie d'entendre la suite.
Et on n'est pas déçu, avec le très élégant Death Of A Supernaturalist, qui dès finie son intro au violon, lance une nappe hypnotique de claveçin, propice à un chant soutenu, littéraire, impressionnant. Lorsque intervient le pont, on est de plus en plus charmé, les violons et le choeur devenant progressivement plus beaux.
Un titre-symbole, reflet à lui seul du changement opéré, ou l'art de construire une musique complexe et d'en faire un hymne neo-baroque. On a l'impression immédiate que TDC naît et les années 90 avec lui.
Ni une, ni deux, Bernice Bobs Her Hair prend le relais. On re-navigue en mers connues, avec la présence de batterie et autres élément rock... la touche Liberation en plus. Une compo mille fois plus réussie que ses précédents essais, rythmée et joviale, narrant de manière insouciante les malheurs de Bernice, et de la jalousie de son amie Marjorie. Neil conte ça avec amusement, sans oublier une pointe d'émotion, et lâche les choeurs de temps à autre. "Ba-babababa"...
Sûrement une des chansons les plus sympas à chantonner de son côté.
Transition parfaite avec I Was Born Yesterday, dans le même style, mais ménageant des passages intimistes, type spoken words. Une autre facette de TDC, celle des coupures de rythme, des moments plus originaux (de ceux qui horripilent les détracteurs du TDC "snob et prétentieux"), des conclusions énigmatiques. Pas plus dispensable que les autres, mais celle que je préfère le moins.
Le démarrage à 100% réussi connaîtrait-il un essouflement ? Que nenni.
Le remède est de placer juste après le chef-d'oeuvre de cet album, Your Daddy's Car.
Le claveçin, sautillant, entre dans une danse sans fin, uniquement interrompue par des pauses miraculeuses, le tout donnant une composition touchée par la grâce. S'il y a bien un morceau pour résumer le talent d'écriture de Neil Hannon c'est celui-ci.
La mélodie est riche, mais ne faillit jamais, et l'ambiance est romantique à souhait. C'est par ce type de déclaration d'amour, noble sans être niaise, pleine de charme et plutôt maligne, que Neil peut et réussira à conquérir cette image de dandy haut-de-gamme.
A ce moment, l'album s'emballe, les réussites se succédent mais en fait ne vont plus s'arrêter.
Europop prend la suite ! Le premier abord est déroutant au possible, on craint le foutage de gueule avec ce synthé cheap sorti du fond des 80's. Puis la piste s'installe.
Et là on change vite d'avis. Certes, la voix grave et surjouée au possible de Neil ne va pas plaire à tout le monde, mais la sauce prend et le refrain aussi. Cerise sur le gâteau, le pont est absolument mythique, se dirigeant lentement mais sûrement vers le même synthé déployant des harmonies d'une grande beauté. La finition est impeccable au possible, presque culottée. Un grand morceau assurément.
Changement complet d'ambiance, avec ces ballades d'une lenteur harmonieuse, sage, précieuse que TDC sait si bien faire. Timewatching apparaît dans sa version finale, dévoilant une relation temps-amour. C'est le genre de bande-son que j'emmènerais dans un face-à-face solitaire avec la nature, ou moi-même.
Histoire de bien montrer que Liberation mange à tous les rateliers, mais Ducasse et Robuchon plutôt que Sodebo, on assiste à un nouveau changement de tempo, de feeling, de tout.
Les tubes de l'été me font bien marrer depuis que j'ai goûté à The Pop Singer's Fear Of The Pollen Count, hymne à la joie ensoleillé au possible, marrant, entraînant. Excellent pour un milieu d'album, c'est un tube en puissance, imparable (qui sera d'ailleurs repris quelques années plus tard), qui installe instantanément TDC dans la cour des grands faiseurs de chansons pop. On claque dans ses mains sur des paroles délicieuses, bref c'est la nouba.
Stop ! Le disque change un peu d'orientation, le quart d'heure de folie est passé. On va s'essayer à de nouvelles expérimentations plus intimistes. Queen Of The South est ce genre de chanson à la guitare puissamment cosy, d'une douceur élégante. Les chants suivent la tendance puis semblent plus aériens. C'est du tout bon, l'album ne connaît toujours pas de grosse faiblesse.
Victoria Falls porte bien son nom, avec son son de guitare fluide comme une cascade, nerveuse, mais apaisée par ces voix toujours aussi aériennes. Liberation propose ainsi de plus en plus une modification profonde des instrumentations de TDC, au profit d'une ambiance nouvelle.
Retour des nappes de claviers et des guitares électriques. Cependant une chose est sûre, jamais l'ancien TDC n'aurait pu aussi bien enregistrer ce Three Sisters bouillonnant, jamais très rock, passerelle entre un groupe de pop-rock indie et un futur TDC onirique.
La mélodie, fabuleuse, progresse, d'abord dans une longue introduction puis s'emballe dans un jeu de plus en plus nerveux, jusqu'à délivrer une boîte de saveurs presque asiatiques. La richesse au service du plaisir musical, tout simplement.
La fin d'album est magistrale, comme en témoigne cet instrumental, d'une forte personnalité, Europe By Train. Le titre ne ment pas sur la marchandise. S'il peut sembler parfois long, c'est pour mieux transporter l'auditeur, à l'aide de bruitages ferroviaires d'un autre temps, de mandoline (ça y ressemble en tout cas)... On a la tête complètement ailleurs.
Puis vient l'outro. La conclusion c'est Lucy. Neil Hannon a décidé de poser sa musique sur une série de poèmes d'un auteur anglo-saxon. Risqué, et le résultat est au-dessus de toute attente. Outre la petite guitare enchanteresse lors du refrain, les couplets s'enchaînent, flamboyants. Un morceau de fin d'une envergure rarement égalée.
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Vous m'avez sûrement trouvé un peu (trop) emphatique, mais il va falloir vous y habituer !
Bon, je vais quand même vous lâcher que Liberation est un peu mon petit chouchou. Aucun disque du groupe ne peut prétendre être mon préféré, mais celui-ci est incontestablement sur le podium.
C'est effectivement une libération : l'album sonne incroyablement frais, jeune, et offre surtout une débauche d'instrumentations et d'ambiances.
C'est probablement le plus généreux, et un des plus riches. L'écouter, c'est d'ores-et-déjà peser le pas de géant effectué par l'artiste Neil Nannon.
Pour moi, Liberation est tellement bon que celui-ci a déjà largement prouvé son talent.
Néanmoins, ce serait bien sûr un erreur énorme de s'arrêter là, car excellent ou pas, Liberation n'est qu'une introduction ! Un début de carrière.
Ce que je veux juste faire passer comme ultime message, c'est que je ne suis pas d'accord avec la critique de Liberation comme premier album sympa, révélateur d'un talent à venir. Cela laisserait aussi sous-entendre au novice qu'il y a FORCEMENT mieux ailleurs.
A mon sens, il n'y a pas à tourner autour du pot douze mille heures, Liberation est un chef d'oeuvre.